Du 4 octobre au 7 décembre 2013, l’exposition Bamako Photo in Paris a eu lieu au Pavillon Carré de Baudoin dans le 20ème arrondissement. Pour la première fois, une exposition rend hommage aux photographes maliens de toutes les générations. L’exposition permet à travers la photo de découvrir l’oeil du photographe malien et d’avoir une vision sur l’histoire de ce pays et sa société. 

Dans une première pièce, des clichés d’un trio de photographes occupent l’espace du pavillon. Mamadou Konaté accorde une attention particulière aux détails des corps et objets, en utilisant la lumière où le noir et blanc pour sublimer la matière de ses sujets. Des enfants sont initiés à la plantation d’arbres, car la jeunesse représente l’avenir d’un pays. Cette série assemble des images deux par deux dans un éclairage clair et obscur pour expliquer et préparer l’avenir, celui des générations futures par la conservation indispensable de notre écosystème. Selon lui : « un homme qui plante un arbre n’aura pas vécu inutilement mais un enfant qui apprend les vertus des arbres qu’il plante aura contribué à sauvegarder l’humanité ». La germe écologique du photographe plaide pour la préparation de l’avenir des postérités futures par la protection de la biosphère et d’un environnement durable.

Les diapositives de Mohamed Camara portent un certain intérêt pour la lumière, le menant à explorer l’intimité des maisons de Bamako, retrouvée dans des objets quotidiens (rideaux,cadre de fenêtres et portes), des sortes de filtres. Le talent de cet artiste est de transposer les scènes et objets de la vie quotidienne.

Dicko Harandane montre des décors en ruines d’une beauté rappelant l’usure du temps. L’environnement des toiles est désintégré par des murs tagués, restes d’étoffes ou des tapis dans une usine désaffectée. Ses pellicules donnent une impression d’un personnage errant ou fantomatique, regardant au loin. Bras croisés, mains sur les épaules, le photographe est sujet de l’image, il semble regarder au loin comme pour échapper au décor.

Dans une seconde pièce, des photographies de Souleymane Cissé (cinéaste) inondent l’endroit. Cissé montre la beauté vivante de son pays. Les sujets sont des habitants du Mali (femmes, hommes et enfants), des ladys africaines et des jeunes princes des villages. Son paysage photographique devient des visages composés de fables immémorables et des contes ancestraux. De plus, son esprit citoyen s’expose en montrant des clichés de manifestations avec des slogans démocratiques.

A l’étage du pavillon, Amadou Keita exprime ses idées en apportant un regard personnel sur des sujets de société. L’espace délivre un reportage photographique sur quatre sujets : le débarcadère, la déforestation du Mali, une nuit timide à Tombouctou et la femme nue en Afrique. Le premier lieu est la ville de Ségou, située sur les deux rives du fleuve Niger. La pirogue est photographiée sous toutes ses formes, c’est le principal moyen de transport fluvial, durant le lever et le coucher du soleil, la population vague à ses activités quotidiennes qui nécessitent la traversée du fleuve. La déforestation du Mali vise à sensibiliser les peuples du monde et à leur faire prendre conscience des problèmes liés au changement climatique. Une nuit timide à Tombouctou montre le rôle médiateur des enfants entre les familles. Depuis quelques années, la vie de Tombouctou a subi, des occupations de djihadistes armés. Malgré des événements tragiques dans son histoire, la ville restera mystérieuse à jamais. La femme nue en l’Afrique se focalise sur un sujet particulièrement sensible : l’intimité de la femme noire. Selon ses paroles : « la nudité n’est pas acceptée dans mon pays à confession musulmane ». Il s’agit pour lui, d’exprimer une réalité, celle d’un société où la pression sociale et le poids de la religion s’imposent. Sa démarche est d’exprimer la perception de l’intimité intérieure de la femme qui ne se découvre pas au premier regard.

Dans une dernière salle, une multitude d’artistes sont regroupés dans un espace gigantesque : Seydou Keita, Sogona Diabaté, Dicko Harandane à nouveau, Bindou Camara, l’Association Obscura, Emmanuel Bakary Daou, Adama et Mory Bamba puis Fatoumata Diabaté pour conclure l’exposition.

Seydou Keita est le spécialiste dans l’art du portrait en utilisant la lumière, le noir et blanc, le cadrage et la pose. Ses clichés constituent un témoignage exceptionnel de la société malienne de la fin des années 1940 à 1977.

Sogona Diabaté photographie l’actualité de son pays avec les affiches des candidats à l’élection présidentielle, un témoignage de la chance inestimable du retour du Mali à un système constitutionnel normal.

La série « Outside Inside » de Dicko Harandane utilise le rétroviseur des véhicules (motos, voitures), scrutant les faits et gestes de la population comme un témoin de la société.

Bindou Camara tire le portrait des nouveaux arrivants en Afrique par l’exemple des Chinois, implantés dans les capitales africaines tant commercialement et socialement. Elle s’est glissée le temps de plusieurs clichés, dans la peau d’un Chinois en Afrique.

Réalisées entre 1996 et 2000 par de jeunes maliens, l’Association Obscura présente des images issues de « Mali photos, sténopés d’Afrique », projet photographique participatif. Le sténopé, ici une simple boîte percée d’un trou et tapissée d’un papier photosensible, a servi d’outil photographique.

Puis à nouveau, la ville de Tombouctou est mise en avant par Seydou Camara. Regroupant des milliers de manuscrits rédigés (sciences, philosophies et droit) en arabe, dans une langue africaine ou dans une version africanisée de l’alphabet arabe, les plus anciens datent du XIème siècle. Fin 2005, le photographe accompagné d’un journaliste accède aux manuscrits de la ville. Copistes et détenteurs des manuscrits sont accompagnés de la jeunesse malienne pour les photographies. Malheureusement cette richesse est saccagée par les narco trafiquants et les djihadistes en janvier 2013, la bibliothèque Ahamad Baba est détruite.

En messager des ancêtres, Emmanuel Bakary Daou s’inscrit par son travail dans une démarche documentaire, à la frontière entre journalisme et photographie d’art, portant essentiellement sur les signes et les symboles des ancêtres. Les anciens en Afrique, pour s’exprimer, ne parlent pas forcement, ils montrent, exhibent et démontrent avec gestes et onomatopées au besoin.

Adama Bamba expose dans ses œuvres, les visions passagères et fugitives d’une Afrique en perpétuel mouvement avec son environnement pour lequel il choisit les vagues de la mer.

Le travail de Mory Bamba relate la vie quotidienne des habitants des villages du Mali par son travail exposé sur « les Peuls de ma région de Sikasso ». Il évoque le brassage ethnique, la diversité culturelle et la cohésion de la société au Mali.

Tandis qu’Adama Kouyaté mise sur la neutralité du décor pour valoriser au maximum les individus sur les clichés par l’exemple des bébés, il met en jeu un héritage visuel utilisant les objets, les costumes et les attitudes inspirés d’une tradition ancestrale.

Enfin Fatoumata Diabaté montre un mode de vie et une envie de paraître, caractéristique d’une partie de la jeunesse. Les photos témoignent d’une époque et d’une génération profitant de la vie nocturne. Spontanéité et sobriété caractérisent ce paysage africain de la photographie.

Conclusion

Le pavillon Carré de Baudouin est un lieu culturel se dotant d’une excellente infrastructure, pour l’accueil d’une exposition. L’exposition dégageait une richesse photographique et historique pour le visiteur, un voyage initiatique pour ceux qui ne connaissaient pas le Mali. La nostalgie foisonnée dans les nombreuses salles, rappelant les photos de famille de mes parents à leur tendre jeunesse (Seydou Keita et Adama Kouyaté). Ne connaissant pas la photographie malienne, cette excursion m’a permit de voyager et d’apprécier les divers travaux de ces hommes et femmes qui montrent la beauté de leur pays.

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