Faisant partie de l’histoire américaine, l’esclavage est un sujet très peu traité dans le cinéma contemporain. Souvent biaisé dans son ensemble, cette période trouble reste remplie de nombreuses interrogations. Sorti le 22 janvier 2014, le dernier film de Steve Mc Queen «Twelve years a slave» raconte l’histoire d’un homme noir libre, piégé et vendu en tant qu’esclave. Pourquoi peut-on dire que ce film est il une nouvelle vision sur cette période trouble de l’histoire ?

Auteur

Réalisateur britannique engagé comme Spike Lee et James Gray, le metteur en scène commence sa carrière cinématographique en 2003 en revenant sur une période sombre de la Grande Bretagne avec le film « Hunger ». L’histoire de Bobby Sands , meneur d’un groupe de prisonniers et membre de l’IRA qui effectua une grève de la faim pour protester sur les conditions de détention en 1981. Le film remporte la Caméra d’Or à Cannes distinguant le meilleur premier film, toutes sections confondues. Son second film « Shame » réalisé en 2011 aborde la thématique de l’addiction sexuelle avec Michael Fassbender récompensé au festival de Venise pour sa performance.

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Histoire

Dans la pré guerre civile aux Etats Unis, Solomon Northup, un homme noir libre de l’Etat de New York, est enlevé et vendu comme esclave. Face à la cruauté humaine, ainsi que les grâces inattendues, Solomon se bat non seulement pour rester en vie, mais conserver sa dignité. Une rencontre inattendue va modifier sa vie à jamais.

Critique

Rare un casting n’a été aussi étoffé pour un film traitant du sujet. Le rôle principal est attribué à Chiwetel Ejiofor qui débute sa carrière en 1997 sous les ordres de Steven Spielberg dans le film « Amistad » traitant de l’esclavage. En 2002, il se fait connaître du grand public avec le film « Dirty Pretty Things«  de Stephen Frears. La suite de sa carrière est ouverte à plusieurs genres allant de la comédie dramatique au film d’action : Melinda et Melinda (2004) de Woody Allen, She Hates Me (2004) et Inside Man (2006) de Spike Lee ou des seconds rôles dans American Gangster (2007) et Salt avec Angelina Jolie (2010).

La suite du casting est impressionnant : Michael Fassbender commence sa carrière au cinéma en 2007 avec Angel de Francois Ozon et Inglorious Bastard en 2009. Il ravit les fans de comics avec son interprétation de Magneto en 2011 et retravaille avec Steve Mc Queen sur le film «  Shame », c’est le seul acteur à avoir travaillé sur tout les projets du metteur en scène. Puis poursuit son ascension avec des films d’actions comme Piégée (2012), Promotheus (2012) et Cartel (2013). Quant à Benedict Cumberbatch, il incarne le célèbre Sherlock Holmes en 2010 à la télévision. Sa filmographie est d’une richesse, il joue dans la Taupe et le Cheval de Guerre en 2011. Sa notoriété grandit en 2013 avec son rôle de méchant dans Stark Trek Into Darkness et la nouvelle trilogie de Peter Jackson «  le Hobbit », prêtant sa voix au dragon Smaug. Même les rôles minimes pour lesquels l’expression n’est surement pas adaptée, apportent de la profondeur tout au long du film : Lupita Nyong’o, Sarah Paulson, Alfre Woodard, Paul Giamatti et Brad Pitt. Le réalisateur a su sélectionner les meilleurs acteurs pour reconstituer cette histoire.

12 years a slave est l’adaptation des mémoires de Solomon Northup, un homme noir libre victime d’un guet-apens, qui fut drogué, kidnappé puis vendu à un marchand d’esclaves pour être transporté dans un bateau à la Nouvelle Orleans. Le récit est publié en 1853, date de sa libération avec l’aide d’un avocat abolitionniste blanc, David Wilson. Un livre qui s’est vendu à plus de 30 000 exemplaires à son époque.

Etant un réalisateur atypique, la démarche du metteur en scène est authentique. Il propose au spectateur une vision inédite de l’esclavage, une histoire qui parle de l’intérieur. Le parcours de Solomon Northup permet de voir de quelle façon il est entré en esclavage et voir sa nature d’homme libre. Le cinéaste s’intéresse à un noir américain libre qui s’est fait capturer et devient esclave plutôt qu’un africain emmené jusqu’en Amérique, une histoire racontée déjà dans la série « Racines » dans les années 70 avec le personnage de Kunta Kindé. C’est la première fois que nous avons ce cheminement d’un homme libre devenu esclave.

Le but du metteur en scène est d’emporter le public vers une autre vision et d’avoir en quelque sorte une nouvelle expérience émotionnelle, on l’a ressent, les scènes sont plus vraie que nature, le spectateur contemple la souffrance physique et mentale des personnages, certaines scènes sont très éprouvantes. Les histoires douloureuses sont souvent remplies de blessures sur lesquelles un pansement cache l’intérieur. Selon les mots du cinéaste : « Montrer le passé pour comprendre le présent, c’est aussi notre avenir ». L’acteur principal endosse un rôle exigeant, sa souffrance et son désespoir sont filmés pendant les douze années. Pour remédier à une chronologie constante, Mc Queen retranscrit les années passées sur l’aspect physique du personnage, la transformation est impressionnante. Solomon connait durant ses douze années, deux maîtres l’un sous les traits de Benedict Cumbernatch et Michael Fassbender. Le premier est indulgent mais, possède de nombreuses contradictions à découvrir, son interprétation est honorable. Fassbender campe un propriétaire violent, odieux et alcoolique, sa performance est d’une justesse, certaines critiques lui reprochaient son jeu caricatural, il s’imprègne du rôle à la perfection. La plus grande surprise vient de Lupita Nyongo, elle livre une prestation émouvante et poignante dans le rôle d’esclave, maîtresse et martyr, une actrice d’avenir.

L’action du film se déroule au départ à New York puis à la Nouvelle Orléans. Le réalisateur pousse le réalisme des faits de l’ouvrage sur de nombreux détails :  par les techniques de coupe (canne à sucre et du coton), les entrepôts où sont stockés les produits et les travaux manuels (construction de charpente et collecte de bois). Un travail d’orfèvre effectué par le réalisateur et son équipe pour retranscrire cette histoire pour le spectateur. De plus, les dialogues sont bien ficelés, des petites perles qui brillent dans ce contexte tragique. Afin que le spectateur soit imprégné dans un réalisme et une intensité dans les séquences, le cinéaste fait appelle à Hans Zimmer (Gladiator, Batman, Inception), l’un des plus grands compositeurs de musique, une expérience musicale très orchestrale avec des passages rappelant la musique d’Inception pour créer une ambiance tendue et stressante à la fois. La patte Zimmer s’imprègne parfaitement à l’ambiance du film. On rajoutera les chants gospels de Topsy ChapmanDavid Hughey et les solos de violons de Tim Fain.

Conclusion

Un sujet traité au compte-gouttes dans le cinéma américain, Steve Mc Queen apporte une nouvelle approche à un édifice encore en construction. Son engagement permet de livrer une œuvre troublante, poignante et véridique dans les faits. Le cas de Solomon Northup montre qu’on ne devrait pas considérer notre liberté comme acquise, car nous pouvons la perdre du jour au lendemain. Un film qui expose la cruauté humaine et la résistance que chacun d’entre nous peut avoir en soi. Une œuvre magistrale, un film historique nécessaire pour comprendre une partie de l’histoire de l’esclavage.

 >> Pour ceux qui ont vu le film ou iront le voir, voici un site sur les extraits de l’ouvrage de Solomon et d’autres histoires d’esclaves noirs américains

Solomon Northup

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