Coup de théâtre au dernier festival de Venise en 2013, le maître de l’animation Hayao Miyazaki annonce qu’il va prendre sa retraite après son dernier long métrage. Mais restera en activité au sein du Studio Ghibli, pour s’occuper d’autres projets. Sorti le 22 janvier 2014, le vent se lève met en scène l’histoire de l’ingénieur Jiro Horikoshi, concepteur de l’avion de chasse A6M, devenu le fer de lance de l’aviation japonaise durant la Seconde Guerre Mondiale. Laissant un testament artistique, pourquoi peut-on dire que cette histoire intime de son pays fait- elle partie de ses plus belles réalisations ?

Auteur

Faisant partie des grands noms de l’animation avec Osamu Tezuka (Astro Boy, Le roi Leo), Isao Takahata (le Tombeau des Lucioles, Pompoko, Mes voisins les Yamada) et Leiji Matsmoto (Albator, Galaxy Express). Dès 1961, Miyazaki entre à Toei Animation (Goldorak, Ken le Survivant, Dragon Ball Z ), le plus grand studio du pays et y passe 20 ans où il apprend les ficelles des différents métiers (animateur, scénariste, réalisateur et producteur). En 1978, il sort son premier long métrage « le Château de Cagliostro » puis Nausicaa de la Vallée du Vent en 1984. Le tournant de sa carrière débute en 1988, on lui propose de diriger un studio indépendant, de là nait Ghibli pour lequel il signe plusieurs longs métrages des années 80 aux années 2000 : Le Château dans le ciel (1986), Kiki la petite sorcière (1989), Porco Rosso (1992), Princesse Mononoké (1997), Mon voisin Totoro (1998), le voyage de Chihiro (2004), le Château ambulant (2004) et le dernier Ponyo sur la falaise en 2008.

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Histoire

Jiro Horikoshi, un ingénieur conçoit un avion de guerre qui va servir d’objet de propagande à l’armée japonaise. De sa passion de l’aviation va naître une histoire d’amour entre lui et une jeune femme dans un siècle perturbé par de nombreux événements.

Critique

Le vent se lève est le onzième et dernier projet du réalisateur depuis le Château de Cagliostro en 1978. Au départ, c’est un projet provenant d’une bande dessinée pour un magazine. Son producteur Toshio Suzuki lui suggère d’en faire un film d’animation, il réfléchit et signe finalement le projet que nous connaissons. Le personnage principal est Jiro, sa création s’inspire de deux personnes qui ont existé, l’ingénieur en aéronautique Jiro Horikoshi et le romancier Tatsuo Hori, nés tout deux au XXème siècle. C’est la première fois que le studio s’inspire de personnages réels. Le protagoniste féminin de Nahoko tient son prénom d’une œuvre de l’écrivain Tatsuo Hori, la personne qui a inspiré Miyazaki pour créer Jiro, le rôle principal du film. Le roman se nomme Naoko, publié au Japon en 1941.

Son nouveau projet utilise des concepts abordés tout au long de sa carrière. Les thèmes de la guerre, les engins volants, l’environnement et la nature sont présents dans ce long-métrage. Sa jeunesse est marquée par la guerre et l’image d’une mère atteinte de la tuberculose, qui restera malade pendant toute la guerre. Sa passion de l’aviation est héritée de son père et son oncle, dirigeants d’une société qui fabriquait des gouvernails d’avions. Les machines volantes rappellent le passé de Miyazaki, qui a longtemps dessiné des avions avant de s’essayer aux personnages. Porco Rosso racontait l’histoire d’un pilote de l’air, Kiki la petite sorcière volait dans le ciel sur un balai magique et le Château dans le Ciel, les protagonistes vivaient dans une cité flottante dans les airs. Pour le premier cité, les fans attendaient une suite, en vain, le personnage de Jiro emprunte certains traits au personnage. Les deux longs-métrages se déroulent en 1930 soit dans un contexte de guerre.

Le film raconte le parcours de Jiro Horikoshi et celui du Japon de la grande dépression à l’entrée en guerre. Contrairement à bon nombre de ses projets, un ton réaliste saute aux yeux, Miyazaki avait habitué son public à un style fantastique, le spectateur découvre un réalisme excepté lors des scènes oniriques. Le metteur en scène construit son scénario sur une longue période pour raconter l’histoire de Jiro tandis que les films précédents s’étendaient sur une période plus courte. Il opte pour une nouvelle approche, il montre l’histoire de son pays et donne un avis tranché sur ce dernier. En mettant en scène, l’avion A6M «  Zéro », symbole de l’armée et de l’aviation nippone, c’est un moyen de rendre hommage à l’ingénieur sur son talent et sa passion de l’aviation. Malgré que cette invention soit devenue un outil de guerre. Le cinéaste retranscrit dans son personnage, sa connaissance de l’aviation et les méfaits de la guerre. Le film évoque cette crise morale profonde, le goût amer des Japonais à l’heure de la défaite et le côté patriotique à l’égard de cet avion légendaire. C’est aussi l’échec d’un inventeur : un héros rêvassant à créer l’avion parfait, mais fermant les yeux sur la réalité qui l’entoure. Fait nouveau de ce long-métrage, la mise en scène d’une d’idylle entre le personnage principal et une femme, un apport intéressant pour son intrigue.

La connaissance accrue du metteur en scène sur l’aviation donne un soin dans les plus petits détails des dessins, un vrai régal pour les yeux. Il utilise cette animation traditionnelle à la main, au pinceau et à l’encre avec des effets produits sur ordinateur, une harmonie s’en échappe. Le havre de paix si cher à Miyazaki est présent avec des décors verdoyants composés de plaines à l’herbe haute respirant la pureté. Pour faire vivre son univers, il retravaille avec le compositeur Joe Hisaishi qui a collaboré sur 10 des 11 films du cinéaste, un habitué de l’univers. Le musicien apporte des mélodies légères d’inspiration italienne en utilisant la mandoline et l’accordéon lors des faces imaginaires de Jiro, des sonorités méditerranéennes rendant hommage à Porco Rosso. Les scènes aériennes sont accompagnées par les cuivres. Le piano crée un lien d’intimité entre les personnages et le spectateur, un vrai délice. Le générique de fin conclue, cette belle aventure avec la chanteuse Yumi Arai avec le titre « Hikoki Gumo » qui a collaboré avec le réalisateur sur Kiki la petite sorcière

Conclusion

Miyazaki livre son histoire la plus intime avec le Vent se lève, sa connaissance de l’aviation permet au spectateur d’en apprendre plus sur cette période. Pour une dernière œuvre, il expose son avis sur de nombreux sujets par le biais de son personnage principal. Le film lui permet d’essayer un nouveau concept : le réalisme pour la narration. Cependant l’âme fantastique reste présente mais elle est utilisée à bon escient. Le public découvre des personnages qui sont le reflet de la carrière de Miyazaki.Un testament artistique garni de poésie dont on ne se lasse pas……..

>> En bonus, une musique d’un artiste britannique Michael Kiwanuka tourné au Japon qui aurait sans doute fait plaisir à Hayao Miyazaki

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