L’année 2013 fut florissante pour les films d’animations avec Hôtel Transylvania, Aya de Youpougon et Turbo. Et de nombreuses suites comme Monstres Academy, les Schtroumpfs et Moi, Moche et Méchant, devenu le symbole du savoir-faire français en terme d’animation. Depuis 1997, le studio belge nWave mené par Ben Stassen se fait une place parmi les géants américains. Pour cette occasion , je profite pour inaugurer ma première interwiew, dédiée à un animateur 3D français, Fabrice Nianzou, expatrié en Belgique. Il a travaillé sur de nombreux projets comme le dernier né du studio, le Manoir magique sorti le 25 décembre 2013. Conversation avec un passionné de l’animation…..

Histoire

Tonnerre est un jeune chat, abandonné par sa famille. Sans repère, il se réfugie dans un manoir étrange appartenant à Lorenz, un magicien retraité. Très vite, il est accueilli par le vieil homme et se sent comme chez lui, un univers où cohabitent des personnages aussi étranges qu’amusants. Lorsque Lorenz est envoyé à l’hôpital, son neveu, essaye par tous les moyens de vendre son bien sans qu’il le sache. De là, Tonnerre et sa compagnie décident de transformer ce lieu en maison hantée. C’est le début de la résistance…….

Présentez-vous en quelques lignes pour nos lecteurs….

Je suis Fabrice Nianzou, j’ai 28 ans et très bientôt 29. Né à Paris, je suis animateur 3-D et expatrié a Bruxelles depuis un peu plus de trois ans.

D’où vous vient votre passion de l’animation ?

Enfant, chaque fois que je voyais un dessin animé à la fin de l’épisode, je me précipitais pour chercher une feuille et un crayon. Pour essayer de reproduire ce que je venais de voir, j’étais fan. Je désirais à mon tour créer mon héros, mon propre dessin animé. Alors avec mon ami d’enfance (Jules), on s’amusait dans un premier temps a créer des bandes dessinées: je dessinais et lui créer les histoires, une époque pour laquelle je garde de bons souvenirs. De plus, j’ai été bercé par le Club Dorothée et sa ribambelle de séries d’anthologies (DragonBall) que je ne ratais jamais! Ceux qui m’ont le plus inspiré pour dessiner sont les Looney Toons (Bugs Bunny,Daffy), des petits épisodes de 5 à 6 minutes remplis de gags, cela suffisait pour combler ma journée de bonheur! Ensuite j’ai eu une grosse période Simpson….Bref si je dois énumérer toutes les séries que j’aimais, je pense qu’on en finirait jamais. Mais je n’oublierais jamais la première fois que j’ai vu les « Tortues Ninjas », j’étais dans un état second. En résumant, je voulais faire ce métier depuis que j’étais petit.

A quoi consiste votre métier ?

L’animateur 3D est la personne qui « donne vie » aux personnages 3D d’un film : par sa façon de bouger, de se comporter, et même de jouer devant la caméra. Il donne un caractère à chacun des personnages dans la manière de les animer. C’est un peu comme si je prenais une poupée et la faisait jouer comme une actrice. C’est une étape primordiale du processus qui est assez importante.

Comment se sont déroulées vos premières expériences dans le milieu ?

Pas trop mal. Après avoir obtenu mon diplôme d’infographiste 3D, j’ai été embauché par la boîte « Buf Compagnie », auteur de la saga « Arthur et les Minimoys ». C’est l’une des principales boîtes françaises en matière d’effets spéciaux. Du coup, j’intégrais une grosse structure et cela m’a permis de m’organiser dans mon travail. J’ai eu l’opportunité de travailler sur les deux premiers volets d’Arthur et sur les aventures extraordinaires d’Adèle Blanc Sec. Mes débuts étaient fort satisfaisants pour un étudiant fraîchement diplômé. Je touche du bois car les choses ne sont pas toujours aussi « simples ».

Pouvez-vous nous raconter cette expérience avec Luc Besson ?

Comme je l’ai expliqué auparavant, l’opportunité d’avoir pu travailler pour Buf Compagnie en guise de première expérience fut une chance. De plus, de savoir que j’allais travailler avec Luc Besson, ça a rendu l’expérience plus excitante. Je n’ai d’ailleurs pas pu m’empêcher d’immortaliser tout cela en prenant une photo avec lui. Luc Besson venait assez souvent au studio pour voir l’avancement du projet. A chacune de ses venues, c’était un silence de cathédrale et de contemplation. J’avais du mal à réaliser : le petit gars de cité se lançant dans le milieu de la 3D, détenteur d’un cursus scolaire de 3ans, le seul à décrocher un job dans l’une des deux plus grandes boîtes françaises de 3D (a l’époque du moins). Se retrouve à travailler sur un film mondialement connu, côtoyant Luc Besson au moins une fois par mois…Ca faisait beaucoup. Mais j’étais fier.

Pourquoi avoir choisi la Belgique pour exercer votre métier ?

Pour tout dire, la Belgique n’était vraiment pas un choix prémédité. Disons qu’après mon expérience chez Buf Compagnie, j’ai décidé de m’améliorer en tant qu’animateur en passant un moment à travailler à la maison pour me perfectionner. A la suite de cela, j’ai postulé dans toutes les boites d’animations. Il se trouve que c’est nWave digital qui m’a contacté en premier et m’a fait savoir que mon travail plaisait. J’ai directement vérifié où se trouvait cette boîte. Et c’était à Bruxelles! Ayant vécu dans le même quartier toute ma vie, quitter Paris pour la Belgique ne me tentait pas des masses. Mais en même temps je l’a quittais pour « m’éclater » sur un nouveau dessin animé, j’allais rencontrer de nouvelles personnes et ce n’était peut-être pas si mal. Aujourd’hui, je me félicite de cette décision prise un peu sur un coup de tête à l’époque, actuellement je m’y plais énormément !

Vous avez travaillé en France et actuellement en Belgique, notez-vous des différences dans la conception d’un projet ?

Non, d’une manière générale sur un film d’animation, le processus est le même que se soit ici ou chez Disney, ou autre part. Il n’y a aucune différence.

Travaillez-vous pour une studio en particulier?

Oui. Il s’agit d’Nwave digital , un studio spécialisé dans les attractions 4D à l’époque puis en 2009 ils se sont lancés dans le long-métrage avec « Fly me to the moon ». D’ailleurs par rapport a ce film j’ai une anecdote : quand je travaillais encore à BUF sur « Arthur et les Minimoys », dans la rue nous sommes tombés sur l’affiche du film. Je n’étais pas fan du style graphique des personnages et l’affiche ne me donnait pas envie d’aller le voir, ni même de travailler un jour pour la boite qui l’a réalisée ! Aujourd’hui j’y entame ma 4ème année….Mais la qualité a bien changé, rassurez-vous!

Selon vous, quelles sont les qualités requises pour travailler dans l’animation?

Il faut aimer les dessins animés ! Regarder un dessin animé, pour nous s’est devenu un devoir! Il s’y passe tellement de choses ! A chaque nouveau film, on apprend des choses. Je n’arrive plus à regarder un dessin animé sans avoir l’œil de l’animateur qui vérifie s’il n’y a pas une faute par ci ou par là ! Même quand tu veux te détacher de cela tu n’y arrives pas! Il faut beaucoup observer ! L’observation est primordiale afin de pouvoir retranscrire des intentions à travers une animation. Raison pour laquelle dessiner est un plus dans notre métier ! Un bon dessinateur est un meilleur observateur ! Il réussira à retranscrire plus aisément ce qu’il veut montrer au spectateur à l’opposé d’un animateur qui ne dessine pas. Il faut être très ouvert à la critique ! Quand on anime, parfois, c’est un peu comme joué au théâtre : on incarne un personnage , on lui fait prendre un choix d’ « acting » mais plusieurs choix pourraient fonctionner. Passant du moins bien à un choix meilleur de base. Notre superviseur est la pour nous aider a faire les meilleurs choix possible d’ « acting » et parfois on ramasse beaucoup de critiques. Elles sont toujours constructives malgré certaines réticences. D’où mon insistance sur le sujet.

Le Manoir magique est issu d’un parc d’attraction belge, on remarque des vues à la première personne tout au long du film, n’est-ce pas un moyen de mettre le spectateur dans une nouvelle immersion?

Si complètement , c’est même voulu par le producteur Ben Stassen qui veut parler d’une « attraction d’une heure et demi » a travers les films qu’il produit.

Dès les premières images, on remarque un réalisme au niveau de l’animation, combien de temps faut-il pour avoir un tel résultat?

Tout dépend du plan sur lequel l’animateur va travailler. Un plan compliqué peut prendre deux semaines, comme il pourrait en prendre moins s’il est très court, c’est vraiment variable. D’une manière générale, c’est le superviseur d’animation qui a un rôle déterminant pour cette qualité. Je dois dire que notre superviseur et l’équipe sont très efficaces, on se retrouve vite à avoir une très bonne qualité d’animation

L’une des particularités de ce film d’animation, c’est le dynamisme des scènes et son univers fourmillant, comment se partagent les tâches au sein de l’équipe d’animation ?

Hé bien ! En fonction du lieu dans lequel évoluent les personnages, on crée une séquence : par exemple, la séquence dans le grenier au début du film est une séquence complète. Il y a différents plans , tous d’une difficulté variable. Le superviseur administre les plans en fonction de la difficulté de ceux-ci et du niveau de l’animateur.

Dans Sammy 2, on rencontrait un homard, schizophrène sur les bords, dans le Manoir magique, le personnage de Snoop est lui aussi décalé. Sur quoi vous basez-vous pour créer des personnages hauts en couleur?

Hé bien !Je dirais qu’on s’inspire un peu de ce qui s’est déjà fait dans les précédents films d’animation, ce qui a fonctionné auparavant sans pour autant « plagier » , l’idée de base, s’il y a, car pour le personnage de Snoop par exemple, les designers se sont inspirés de personne, je crois. Mais c’est surtout beaucoup de recherches (photos, dessins) et croquis pour trouver le résultat parfait.

Qu’est-ce que ça fait de voir votre nom à la fin d’un générique ?

La première fois c’était lors de l’avant-première d’Arthur et les Minimoys. J’étais complètement gaga! C’était une consécration pour moi et ça marque l’aboutissement de quelque chose. Tu laisses une trace dans le milieu du cinéma en quelque sorte et c’est assez gratifiant. Aujourd’hui , je ressens toujours la même joie! Mais j’y fais moins attention.

Quels sont vos projets d’avenir ?

Pour l’instant, je suis bien ici et je viens d’entamer un troisième long métrage. Je ne sais pas encore ce qu’il en sera après celui-ci mais , dans ce métier du jour au lendemain tout peut basculer . Je me suis retrouvé a vivre a Bruxelles sur un coup de tête il y a de cela 3 ans et demi. Pas plus tard, qu’il y a un mois, les collègues avec qui j’ai commencé à travaillé en Belgique sont tous partis pour travailler en Australie car une nouvelle production commençait. Notre métier est une question de timing: un projet se met en place dans un endroit du globe, ça te tente?… Postules ! Tu es pris et tu es prêt à tenter l’aventure? Vas-y… J’aime cette vie !

(2 commentaires)

  1. Félicitation pour ta première interview. Intéressant d’avoir le parcours et le point de vu d’un participant à la création du film, qui plus est un français.

  2. Merci 🙂
    J’ai découvert pas mal de choses lors de ses réponses que j’ignorais. Il a un parcours fort intéressant pour lequel je lui souhaite une bonne continuation.
    Comme tu l’as souligné il est français, c’est une belle fierté 🙂

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