Du 29 janvier au 28 février 2014, la galerie Barbier et Mathon située dans le 9ème arrondissement de Paris, consacre une exposition à Osamu Tezuka. Célèbre mangaka, auteur de 700 œuvres et de plus de 170 000 pages dessinées, décédé en 1989 à l’âge de 60 ans. Pour la première fois en France, une cinquantaine de planches sont montrées passant d’Astro Boy à Black Jack.

Après la Seconde guerre mondiale, le travail d’Osamu Tezuka va véritablement lancer et populariser le manga et l’animation japonaise. La galerie revient sur l’importance historique et artistique de ses créations.

Le visiteur observe un style graphique nourrit de cinéma, notamment américain. L’arrivée des comics strips venant des Etats-Unis marque un tournant dans le mode de production et diffusion du manga au Japon. Les oeuvres se développent désormais sous forme de série à travers des journaux généralistes ou encore des magazines entièrement consacrés au manga. La galerie évoque le travail de l’artiste avec des planches à l’encre de Chine et des illustrations sur papier en aquarelle datant des années 50 et 70. Les productions visualisées sont très dynamiques et pleines de mouvement construites comme des storyboards de film, multipliant les cases, zoomant sur des situations ou des personnages.

Le dessin de l’artiste évolue et s’affine au cours de sa carrière. Proprement influencé par Walt Disney et les frères Fleischer (Betty Boop, Popeye) à ses débuts, il ne tarde pas à trouver son propre style. Il pose les jalons du manga moderne avec Shin Takarajima ( La nouvelle Ile au Trésor, 1947).

A partir des années 1950, le talent de Tezuka s’affirme véritablement avec le roi Léo. Publié de 1950 à 1954 et adapté dès 1965, c’est la première série animée en couleurs du Japon. Un dessin animé qui met l’accent sur la place de l’individu dans la société et mène déjà une réflexion sur l’impact de l’homme sur l’environnement.

Mais l’oeuvre qui le rend définitivement célèbre et restera, aux yeux du public son chef d’oeuvre, c’est Astro Boy (Tetsuwan Atomu, 1952-1968), la première série d’animation télévisée japonaise. Impressionné par les dessins animés de Walt Disney, il ouvre la brèche de l’industrie d’animation japonaise. La japanimation ne cessera alors d’innover en matière d’images et de narrations. Le héros combat des robots qui attaquent les hommes et ceux qui les détestent. Le manga pose la question de savoir si l’homme et la science peuvent coexister. A sa sortie, le dessinateur a dû faire face à un public hostile, qui brûla certains de ses ouvrages dans la rue. Accusé d’exercer une influence néfaste sur la jeunesse, on le conspua. Les gens trouvaient ridicule de faire parler des animaux ou de faire voler des robots. Mais les enfants comprennent vite la sincérité des sentiments de l’auteur quand il adapte Astro Boy pour la télévision, ce fut un triomphe.

L’admiration pour Walt Disney se retrouve à maintes reprises sur le personnage d’Astro Boy : Mickey a deux oreilles, son personnage a toujours deux mèches de cheveux. Il apparaît torse nu, autrefois Mickey ne portait pas de pantalon mais une culotte courte, comme son héros. Tous deux ont également des chaussures trop grandes. De plus, le manga s’inspire des techniques de dessins des comics américains des années 50. En effet, on retrouve l’utilisation des traits qui donnent une impression de vitesse dans le mouvement.

Précurseur dans de nombreux domaines, l’exposition revient sur ses étapes. En 1953, il écrit le premier véritable shojo manga (manga destiné aux filles), Princesse Saphir. Le dessinateur est originaire de la ville de Takarazuka, siège d’un des plus célèbres théâtres du Japon, dont la troupe ne comportait que des femmes.Tous les rôles étaient tenus exclusivement par des actrices. Sa mère l’emmenait souvent assister aux représentations qui y étaient données. Devenu artiste, il créa régulièrement des mangas pour la revue du théâtre. Sa célèbre héroïne, la princesse Saphir, ressemble à celle du théâtre et des dessins animés de Disney par ses yeux immenses. Le visiteur découvre des illustrations originales et des planches de la suite du manga « les Enfants de Saphir »

Puis la galerie expose des planches qui ne s’adressent plus simplement aux enfants mais touchent quasiment toutes les catégories de la population. On y trouve des mangas pour les garçons (Shonen), les filles (Shojo) et les jeunes hommes (Seinen). Cette catégorisation du lectorat est présente aujourd’hui avec des genres et sous-genres. La suite de l’exposition évoque des mangas parlant de manipulation et d’érotisme ( NW et Human Metamorphosis), de médecine ( Kirihito et Black Jack) et une bibliographie fleuve de Bouddha.

Comme tous les artistes, il connaît un passage à vide, pendant lequel ses dessins sont considérés comme fades comparés aux gekiga, ces mangas réalistes où l’on n’hésitait pas à montrer des scènes violentes. Il voulait faire aimer la vie aux enfants et refusa toujours de se plier aux exigences de la mode. Les mangas Phenix (1968-1988), Bouddha et Black Jack lui redonne confiance et il retrouve ses lecteurs. Bouddha (1972-1983) submerge deux murs de la galerie pour lequel il a travaillé les dix dernières années de sa vie. Les histoires que raconte le dessinateur sont teintées de ses convictions profondément humanistes et spiritualistes. Le raffinement de tous ses mangas et dessins animés est Phenix (Hi no tori, L’oiseau de feu). Comme il l’explique : « Je souhaitais écrire une œuvre sur la continuité de la vie. Cet oiseau est le symbole de la vie. Les personnages que l’on croise autour de lui ont peur de la mort, ils la refusent. Ils veulent vivre éternellement, rajeunir, et souffrent de leur impuissance à y parvenir. Tous les humains sont ainsi et doivent trouver un sens à leur vie. »

Pour Black Jack (1973), il pose ouvertement la question de la vie et de la mort, s’inspirant de ses expériences d’étudiant en médecine. En butte de la jalousie de certains de ses collègues, le personnage est rayé de l’ordre des médecins et exerce en dehors du circuit officiel. Excellent chirurgien, il exige des sommes exorbitantes de la part de ses patients, mais se demande parfois s’il fait bien de les sauver. Il s’interroge sur la longévité de la vie qui ne cesse d’augmenter et qui va conduire aux insolubles problèmes de la surpopulation, de la destruction de la nature et de l’alimentation.

L’hôte découvre les fondements des mangas actuels avec la cinquantaine de planches : une fluidité dans la narration, un dynamisme du cadrage et du découpage, une certaine importance du mouvement et les onomatopées calligraphiées. Les personnages sont caractérisés par des visages ovales, dotés de grands yeux et de petites bouches. Tombé sous le charme des yeux de Bambi qui trouvait expressive, il décide de les intégrer à ses dessins, une technique qui perdure actuellement. Les expressions sont exagérées alors que les décors et l’environnement des personnages se veulent plus réalistes et détaillées. Une différence est à souligner entre les bandes dessinées occidentales et nippones : le noir et le blanc sont utilisés systématiquement, l’emploi de la couleur est une exception sauf pour les illustrations proposées au visiteur.

Conclusion

La galerie Barbier et Mathon offre au visiteur une rétrospective soignée et ambitieuse pour rendre hommage au dieu du manga « Osamu Tezuka ». La diversité des planches permet à l’hôte de découvrir une bibliographie qui ne s’adressent pas qu’aux enfants mais touchent toute une catégorie de la population. On y retrouve des mangas pour les garçons (Le roi Leo, Astro Boy Buddha et Black Jack), les filles (Princesse Saphir) et les jeunes hommes (MW). L’exposition met l’accent sur le style de Tezuka : un découpage analytique de l’action avec une mise en scène dynamique et inédite, influant sur le rythme de lecture et la longueur du récit. Un style qui va être imposé à l’industrie du manga dès le milieu des années 50 jusqu’à maintenant et sera mainte fois copié par ses paires. Un vrai héritage visuel proposé par la galerie.

>> Voici la liste des ouvrages qui m’ont servi à l’écriture de l’article, ils sont disponibles dans nos chères bibliothèques parisiennes ou municipales

Histoire du manga de Karyn Poupée
Mille ans de Mangas de Brigitte Koyama Richard
Art Ludique de Jean Samuel Kriegk/ Jean Jacques Launier

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