Wes Anderson, l’artisan conteur américain revient avec son huitième film. Sorti le 26 février 2014, The Grand Budapest Hotel montre la splendeur et la perte d’un hôtel dont les résidents traversent une période agitée de l’entre-deux-guerres.

Auteur

Fasciné par le cinéma, il réalise des courts-métrages avec sa caméra Super 8 et s’initie au montage. Malgré sa passion, il n’étudie pas le cinéma à l’Université Columbia et se lance dans l’écriture et la réalisation d’un petit film de quinze minutes. En 1996, il réalise le long-métrage Bottle Rocket avec Luke et Owen Wilson qui interprètent les premiers rôles. Son deuxième film Rushmore (1998) est très bien accueilli par la critique, il devient l’un des nouveaux espoirs du cinéma indépendant américain. De 2001 à 2010, il réalise cinq longs-métrages : La Famille Tenenbaum (2001), la Vie aquatique (2004), A bord du Darjeeling Limited (2007), Fantastic Mr Fox (2009) et Moonrise Kingdom (2012).

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Histoire

The Grand Hotel Budapest raconte les aventures de Gustave H, un concierge d’un célèbre hôtel européen entre les deux guerres, et Zero Moustafa, le garçon de hall qui devient son ami et son homme de confiance.

Critique

The Grand Hotel Budapest bénéficie d’un casting exceptionnel aussi bien pour les premiers rôles et les seconds. Le duo composé du concierge M.Gustave (Ralph Fiennes) et son jeune protégé Zero Moustafa (Tony Revolori) sont les premiers rôles du long-métrage. L’acteur britannique Ralph Fiennes rejoint pour la première fois la distribution flamboyante du réalisateur américain. Dans le film, il incarne le personnage de Gustave, le concierge de l’hôtel, un homme hors du commun dans une station thermale du XXeme siècle, située dans un pays européen fictif : Zubrowska. En 1992, sa carrière cinématographique débute dans « Les Hauts de Hurlevent » au côté de Juliette Binoche. Son travail prend de l’ampleur avec son interprétation de l’officier nazi Amon Göth dans la liste de Schindler (1993) de Steven Spielberg. Il obtient le BAFTA du meilleur second rôle pour ce film. Son plus grand succès critique reste le Patient Anglais (1996) pour lequel il reçoit à nouveau un BAFTA et une nomination au Oscar. Il renouvelle assez souvent son registre durant les années suivantes : Strange Days (1995), Le prince d’Egypte (1998), The Constant Gardener (2005), The Reader (2009) et Skyfall (2012). De 2005 à 2011, il interprète le rôle de Lord Voldemort dans cinq volets de la saga Harry Potter.

Quant à Tony Revolori (Zero), le lobby boy, futur propriétaire de l’hôtel fait ses premiers pas sous la direction du cinéaste. Il apparaît dans des séries télévisées telles qu’Earl, Entourage et Shameless. En 2009, il entame sa carrière au cinéma avec le film «The perfect game», basé sur l’histoire vraie d’un joueur de base-ball mexicain Cesar Faz, victime du racisme dans les ligues majeures américaines dans les années 50. Le duo Ralph Fiennes et Tony Revolori fonctionnent à merveille, on se passionne à suivre leurs aventures rocambolesques.

Les réalisateurs ont toujours eu des acteurs fétiches, le cinéaste réunit les meilleurs acteurs de ses films précédents pour ce dernier. Bill Murray connaît totalement l’univers de Wes Anderson, il a tourné sept films sous sa direction. Depuis son premier film «Bottle Rocket», Owen Wilson est connu du réalisateur, c’est aussi son grand retour depuis Fantastic Mr Fox. Jason Schwartzman signe sa troisième collaboration avec le metteur en scène. Les seconds rôles ont déjà collaboré une fois ou plus avec le réalisateur : Mathieu Almeric, Adrien Brody, Willem Dafoe, Jeff Goldblum, Harvey Keitel et Tilda Swinton. Des nouveaux font leur apparition comme F. Murray Abraham qui joue Zero Moustafa, plus âgé. Jude Law et Tom Wilkinson interprètent l’écrivain, le premier jeune et le second à un âge avancé.

La jeune actrice Saoirse Ronan endosse le rôle d’Agatha, la remarquable cuisinière de la pâtisserie Mendl. Léa Seydoux incarne la gouvernante de la comtesse Céline Villeneuve Desgoffe (Tilda Swinton), veuve de 84 ans et amie de Gustave.

Grâce à un scénario bien ficelé et une écriture soignée, les seconds rôles parviennent à une efficacité remarquable grâce à leur interprétation, un plaisir à chaque apparition.

Le casting de « The Grand Budapest Hotel » en video

Le metteur en scène propose une sorte de conte à la limite du fantastique, il emprunte des éléments du langage documentaire : images d’archives, des interviews face caméra et l’utilisation des chapitres afin de mieux structurer son film. Il poursuit sa démarche avec des introductions dans l’introduction, des allers-retours entre elles. Adepte des voix off, il réitère cet exercice : un narrateur parle du temps présent pour rapporter une histoire se déroulant dans les années 30, mais qui lui a été racontée dans les années 60. Comme il l’explique : « C’est ce rapport au temps qui fait la spécialité du film, une forme de récit inspirée par le roman La Pitié dangereuse, le premier livre qu’il a lu de Stefan Zweig ». Un homme en rencontre un autre, et de ce qu’ils se racontent naît la véritable histoire.

L’idée centrale du scénario est un grand hôtel qui aurait eu sa grande époque glorieuse et, au fil du temps serait devenu moins populaire jusqu’à son déclin. Anderson propulse à nouveau ses personnages dans un grand hôtel comme on pouvait le voir dans la famille Tenenbaum (2011). Le lieu de l’intrigue est le Gorlitzer Warenhaus, un ancien grand magasin historique d’un centre commercial construit en 1912 à la frontière de l’Allemagne, la Pologne et la République Tchèque. Un palace à l’allure rose bonbon empruntant son architecture à l’équivalent de l’Art Nouveau en Allemagne.

L’une des spécificités de Wes Anderson est de tourner en prise de vue réelle en extérieur, puis faire jouer ses acteurs dans des décors peints en promenant sa caméra entre les maquettes miniatures, un régal pour les yeux. Il réalise sa propre vision des choses avec les miniatures malgré que le contexte soit fantastique avec un langage loufoque ou exagéré, les personnages restent authentiques. En dépit, de ce côté caricatural qu’on retrouve chez les personnages interprétés par Willem Dafoe et Adrian Brody, ils restent des protagonistes profonds. Un style unique et un aspect visuel qui permettra de les identifier auprès du spectateur.

Pour le côté musical, le réalisateur travaille à nouveau avec Alexandre Desplat (Un prophète, Le discours d’un roi, Argo) avec lequel, il a collaboré depuis Fanstatic Mr Fox. Le compositeur propose une bande son aux sonorités balalaikas en ajoutant une touche de cimbalom moldave et le yodel, des instruments originaires d’Europe Centrale. Durant les scènes de poursuites, d’évasions et de gros plans, les musiques s’accompagnent pleinement aux séquences filmées.

Conclusion

Des séquences classiques et des moments de pauses où l’on voit des détails lointains pour ensuite retrouver une séquence très forte : voici la patte artistique de Wes Anderson. Il propose au public, un vrai film de cambriolage comique avec des déguisements, des poursuites et des évasions sans jamais trahir cet humour noir devenu sa marque de fabrique. The Grand Budapest Hotel s’apprécie comme une pâtisserie Mendl, un pur délice scénarisé et visuel.

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