Par un simple hasard, si vous empruntez les lignes de métro parisiennes tout particulièrement la ligne 9, vous aurez l’occasion de croiser un quatuor composé de Romain, Christophe, Assèwe et Jeli intitulé « Tales ». Leur musique est un savant mélange de reprises pop rock (The Beatles, Queens) et des compositions écrites par le groupe dans des tonalités similaires à Radiohead, Muse et autres. J’ai eu l’occasion de rencontrer les deux membres fondateurs du groupe (Romain et Christophe) qui se sont livrés sans artifice pour nous parler de la formation, les influences musicales, leur métier, ses exigences et ses aspirations. Rencontre avec deux musiciens qui croquent la vie à pleines dents.

Comment est né le groupe Tales ? D’où vous vient votre nom de scène ?

Romain : La base du groupe c’est nous deux. Au début, on s’amusait simplement à reprendre des chansons, sans l’intention d’en faire quelque chose. Puis au fur et à mesure, on a trouvé que nos voix allaient bien ensemble. Y avait une certaine complémentarité. On arrivait à chanter des harmonies sans les préparer au préalable. Ça venait naturellement ! Alors on a commencé à écrire nos morceaux.

Christophe : Il y avait à la fois ce côté spontané et naturel qui était très agréable et en même temps un sentiment de facilité. On parvenait rapidement à obtenir ce qu’on cherchait. Ça donnait vraiment envie de continuer ! C’était comme un jeu de hasard. On écrivait un texte puis, après avoir défini quelques accords, on se lançait. On ne savait pas sur quel intervalle l’autre allait chanter, c’était une surprise. Souvent de bonnes.

Romain : Pour moi, il y avait autant de fun et de complicité que lorsque tu joues aux jeux vidéo avec un pote. On partage tous les deux des goûts musicaux et un répertoire assez commun. On a juste eu envie de planer et raconter des histoires en jouant de la musique, d’où le nom du groupe « Tales » qui veux dire conte en anglais. L’idée étant de vouloir voyager à travers la musique.

Christophe : À cette époque-là, on était colocataires et on jouait dans un autre groupe. Et au retour d’une répétition, on s’est installé à une table pour dîner et souffler un coup. C’est là que tout a commencé.

Romain : Je trouvais que ça n’allait pas assez vite et je voulais plus d’efficacité. Je ne suis pas quelqu’un de très patient et j’aime que les choses soient efficaces rapidement. Au fur et à mesure de la conversation, on en est arrivé à la conclusion qu’il fallait tenter l’expérience de se lancer dans un nouveau projet en parallèle.

Christophe : On a donc commencé mais pour terminer assez vite : le projet Tales tel qu’on le connaît aujourd’hui est une « résurrection ». En résumé, ça a commencé il y a environ 5 ans avec quatre-cinq morceaux et deux-trois concerts pour finalement s’arrêter brusquement.

Romain : Je me rappelle du premier concert : on jouait dans une sorte de mini festival municipal, parmi une dizaine de groupes. Et contre toute attente, on a appris que c’est ce que le public avait globalement préféré ce soir-là.

Christophe : On jouait dans une chapelle et sans qu’on l’ait vraiment anticipé, l’acoustique correspondait très bien à l’ambiance que l’on voulait insuffler. Les autres groupes qui étaient des formations plus rock avec guitares électriques, batterie etc.. Du coup, le lieu n’était clairement pas adapté pour ce style. La résonance était abominable, une cacophonie sans nom. Finalement, c’est ce qui a fait le plus mouche, c’était Tales, un simple duo acoustique. Ça nous a donc encouragés à vouloir continuer. Bien que cela n’ait duré quelques mois avant l’arrêt du projet.

C’est finalement après deux ans de stand by que Rom a commencé à me soumettre l’idée de reprendre. De mon côté, j’avais beaucoup de travail parmi mes autres projets donc ce n’était pas forcément le bon moment. Mais malgré tout, ça restait en amorce dans un coin de ma tête. Puis quelques mois plus tard, un peu plus délesté, je me suis dit : « Bon ! Allons-y ! Pourquoi pas ? ». La sauce a repris tout aussi vite qu’avant et surtout, d’autres personnes ont été emballées pour nous rejoindre : Jeli (Cajon) et Assèwe (Basse).

Comment avez-vous rencontré les autres membres du groupe ?

Romain : Un jour, je rencontre Assèwe alors que je jouais « Michelle » des Beatles dans le métro. Il vient vers moi et me demande : « Tu serais intéressé pour jouer en groupe ? ». Je lui réponds : « Bah justement, j’en cherche un ! ». À ce moment-là, je réalisais justement que jouer seul, c’est assez contraignant : tu ne partages pas assez selon moi.

Pour l’anecdote, Assèwe sortait d’un casting pour jouer le rôle de Paul Mc Cartney jeune (rires) et il tombe sur moi en train de jouer une chanson des Beatles. Le lien était plutôt amusant. Nous avons repris contact assez vite et commencés les répétitions. Un peu plus tard, le responsable culturel du CROUS de Paris (Mathieu Beurois) m’a contacté en me proposant une tournée de six dates pour Tales. J’avais déjà effectué une première tournée en solo et cette fois-ci, je lui proposais un groupe : c’est vraiment là que Tales a fait ses premières armes.

Christophe : Quant à Jeli, il est arrivé selon ses mots en « mercenaire ». Il devait remplacer le batteur, faute d’espace scénique disponible. Il est donc venu et s’en est très bien sorti. De plus, la percu’ raffermissait vraiment le cachet acoustique de notre son, ce qui n’était pas pour nous déplaire. Finalement, il s’est senti à l’aise et a décidé de rester avec nous (rires). C’est un très bon élément dans le groupe : un excellent sens du rythme et un jeu efficace. Du coup, on peut avancer et maîtriser nos morceaux rapidement. Maintenant, lorsque nous jouons au complet, il y a comme quelque chose d’électrique dans la communication. Pas besoin de se parler, les choses se sentent pour chacun et ça ruisselle !

Selon vous, quelle est la plus grande difficulté de votre métier ? Et la chose que vous préférez le plus ?

Romain : On va commencer par les choses qui fâchent (rires). Plusieurs choses sont dures. Premièrement, en vivre. Ce n’est pas nouveau, la vie d’artiste est sans garantie et donc fragile… Même si c’est un choix, c’est vrai. Le problème, c’est qu’il y a beaucoup de travail en amont : écriture, composition, préparation d’un concert etc… Tout d’un tas de choses qui ne sont pas prises en considération et donc non rémunérées. Encore une fois, c’est l’éternel problème de l’artiste : beaucoup de temps et d’argent investis dans un projet sans aucune garantie de retours. Un grand jeu de dés qui nécessite quand même sa part de chance, il faut le dire. Nous sommes comme des funambules.

Christophe : En ce qui me concerne, le plus dur c’est de trouver les bonnes personnes. Quand tu te lances dans une discipline artistique et que tu veux en faire ton métier, tu dois vraiment travailler avec tes émotions. Donc s’il n’y a pas un rapport émotionnel fort et sincère avec les personnes avec qui tu bosses, forcement ça ne va pas marcher. Il faut de l’investissement et une conciliation sur les disponibilités, ce qui n’est pas toujours facile.

Romain : Après il y a l’inspiration. Car autant que ça soit la racine de notre bonne santé mentale, ça peut être aussi un gros problème si ça ne va pas dans le bon sens… Parfois, il y a une vague qui arrive et c’est génial ! On écrit un, deux, trois ou quatre morceaux en peu de temps, ça se passe très bien. Et d’un jour à l’autre, il n’y a plus rien ! Tu te réveilles un matin : l’inspiration disparaît.

Christophe : Oui je suis d’accord. Ce sont les affres de la création comme on dit. Mais quand l’inspiration va dans le bon sens, qu’est-ce que c’est bon ! Parfois, tu ne peux pas expliquer ce que tu ressens, mais tu sais que c’est là ! Tu as la « vibe », y a un truc qui se passe et tout fonctionne naturellement (il claque des doigts), comme une évidence. C’est une sorte de geste instinctif. Quand on est au moins deux à l’avoir en même temps, on le perçoit dans le regard de l’autre. Et cela fait partie des moments les plus jouissifs de ce métier !

Romain : Pour finir avec les inconvénients : en mon sens, la chose la plus dure, c’est l’insatisfaction. Elle est presque constante. Quand j’y réfléchis, ça commence à faire pas mal de morceaux qu’on a écrit. Et c’est vrai que quand je regarde ce que nous avons fait jusqu’à présent, par rapport au temps que nous avons eu, c’est plutôt cool. Mais il y a cette envie insatiable d’en faire toujours plus et qui subsiste. Je n’arrive pas à m’asseoir sur mes acquis. J’ai besoin d’aller toujours plus loin.

Christophe : Je suis à moitié d’accord sur ce point. L’insatisfaction permanente est en effet une chose bien réelle mais pour moi, c’est un sentiment positif puisque c’est le plus grand moteur de motivation pour continuer encore et encore. L’achèvement et l’aboutissement, c’est plutôt ça qui me fait peur à moi ! Je pense que si on était déjà satisfait de tout, il ne nous resterait plus grand chose… Et ça serait plutôt dramatique. J’espère ne jamais me dire un jour que je suis arrivé au bout des choses.

Romain : Le bon côté de ce boulot c’est évidemment de pouvoir faire ce qu’on aime. On ne travaille pas, mais on joue. En plus, il y a des gens qui aiment ça.

Christophe : C’est la plus grande des gratifications. L’expérience humaine face au public est très importante et très motivante. Et dans le métro, c’est d’autant plus fort car nous constatons la diversité des gens qui apprécient ce qu’on fait. Ce qui prouve il n’y a pas d’âge, de style, de milieu social ou de culture pour apprécier la musique. C’est clairement un langage universel qui nous rapproche. Ce rapport avec les gens et le sentiment de liberté permanent que j’éprouve à travers ce métier, c’est ce qui forme le noyau dur dans lequel je resterai blotti toute ma vie, je pense !

Romain : C’est vrai qu’il n’y a pas meilleure école que le métro pour évaluer la manière dont notre musique peut être reçue. Car il ne faut pas oublier qu’on joue dans un endroit où personne ne nous attend. Personne n’a choisi ou décidé de nous entendre. On impose quelque chose. Du coup, c’est la roulette russe pour eux comme pour nous. Mais quand on reçoit des applaudissements de toute une rame et des encouragements de gens qui viennent nous voir directement, ça fait un bien fou. Et je ne parle pas des messages super touchants qu’on reçoit sur internet… En tout cas, ce qui est sûr, c’est qu’il y a un échange sincère et direct avec les gens dans cette expérience et c’est génial. À ce moment-là, on vit vraiment dans l’instant présent.

L’une des particularités de votre musique, c’est l’ambiance pop rock folk, composée de reprises et de compositions qui permettent une réelle évasion. De quoi vous êtes-vous inspirés ?

Christophe : Selon moi, il y a deux dimensions dans l’inspiration. Du moins, de la manière dont je le ressens.

Une consciente : les artistes que j’aime écouter régulièrement et qui, pour certains, m’ont donné envie de faire de la musique (The Beatles, Muse, Bjork, System of a Down, Radiohead et j’en passe…). Puis l’inconsciente : l’éducation musicale et les souvenirs qu’ils ont construits. Je me suis déjà surpris à reconnaître du Gainsbourg, du Cabrel, du Balavoine ou encore des choses totalement différentes de ce que j’aime écouter habituellement dans certaines mélodies que j’ai composé. Je crois foncièrement que cela vient de l’univers éclectique que mon père m’a transmis. Du moins, essentiellement. C’est une sorte de nostalgie musicale qui reste implicite, mais qui s’implique clairement dans les idées qui me viennent quand je me mets dans la création. Donc en résumé, ça puise dans ces deux marmites et ça donne de nouvelles petites recettes !

Romain : (Il reprend) Radiohead est une grosse inspiration. Notamment dans leur manière de travailler. Nous avons énormément de choses à apprendre de ces gars. Il y a beaucoup de richesse et de légèreté à la fois. Un bel équilibre.

Christophe : C’est vrai. D’ailleurs, c’est marrant comme il peut y avoir certains artistes où tu ressens à travers leur démarche musicale un certain type de caractère. C’est assez transparent. Pour reprendre Radiohead, il y a quelque chose de puissant et en même temps, une humilité et une discrétion. Une ambivalence que j’apprécie beaucoup moi aussi. Après là, on parle d’eux, mais de manière globale, Rom et moi, nous sommes très inspirés par l’aspect mélodique et fin du rock anglais. Et je pense qu’on est bien loin d’être les seuls.

Romain : (Il complète) Oui et il y a un style dont nous n’avons pas parlé mais qui est loin de nous laisser indifférents : les bandes originales de films. Non pas les compilations évidemment, mais celles écrites par les compositeurs. Sans oublier les musiques de jeux vidéos qui m’ont bercé pendant toute mon enfance et mon adolescence. Je trouve ces compositions très intéressantes malgré les moyens techniques assez limités de l’époque : les compositeurs se devaient de redoubler d’imagination et de créativité pour pouvoir réaliser des trucs qui avaient de la gueule.

Christophe : En fait, la musique de jeux vidéos est aujourd’hui devenue de la musique du film. Par exemple, Nobuo Uematsu (Final Fantasy) est au jeu vidéo ce que peut être un John Williams au cinéma. En tout cas, tout autant de talent en mon sens.

Romain : Mon premier souvenir de musique : Megaman 2 sur SuperNes. Pour chaque niveau, il y avait un thème musical et je me rappelle de chacun d’eux. C’est l’un de mes premiers souvenirs marquants de musique.

Christophe : (Avec le sourire) D’ailleurs, on se plaît de temps en temps à reprendre tous les deux des thèmes de jeux vidéos et dessins animés (Dragon Ball Z, Tintin…). Nous sommes restés de grands fans tout en restant de grands enfants (rires).

En janvier 2014, vous avez effectué une tournée au Crous de Paris pour 4 dates. Que retenez-vous de cette expérience ?

Christophe : Le groupe tel qu’il est aujourd’hui s’est formé à ce moment-là. Ça été un second point de départ, une période décisive pour la solidification du projet.

Romain : C’était comme un stage et ça super bien marché. Cette tournée a été un ciment pour la construction du groupe actuel. Et c’est arrivé de manière un peu fortuite : quelque temps avant la reformation de Tales, j’avais décidé de poster une vidéo sur YouTube comme de nombreuses personnes en me filmant avec mon téléphone. Je chantais «  Nightcall » de Kavinsky. Ce jour là, Mathieu Beurois (responsable culturel du CROUS de Paris) écoutait le morceau original via son ordinateur et à la fin de la vidéo, je suis apparu en suggestion. Il est allé voir et a pris contact avec moi en me proposant un premier concert sur Paris. À l’époque, il n’était pas encore en poste au service culturel du Crous. Comme quoi, ça marche Internet! Mais bon, il faut avoir du bol. Car si je n’avais pas fait cette chanson, je ne pense pas qu’il m’aurait trouvé. Et les choses ne se seraient pas passées de cette manière.

Avez-vous des rituels quand vous commencez vos performances ?

Romain : Pas vraiment… Ça m’est arrivé quelques fois de jeter du sel avant de commencer un concert.

Christophe : J’ai toujours une citrine (pierre de prospérité) autour de mon cou et une labradorite (pierre de protection) dans la poche.

Romain : J’ai quelques pierres aussi. J’ai l’impression que ça fonctionne bizarrement ! Je ne sais pas si ça n’est pas plus mental que réellement relatif à la pierre…

Christophe : (Il s’adresse à Romain) Quand tu y accordes le message et la foi qu’il faut, ça fonctionne je pense !

Romain : (Il s’adresse à Christophe) Oui, c’est que c’est en fonction de la manière dont tu nourris les choses qu’elles t’apportent leurs vertus. C’est vrai que nous avons un côté qui croit aux énergies, au magnétisme. Notamment dans ce qu’on ne sait pas et ce qu’on ne peut pas expliquer par la science conventionnelle.

Christophe : En tout cas, on essaie de garder l’œil ouvert sur les signes que la vie nous envoie…

Quels sont vos projets futurs ?

Romain : La sortie d’un EP, le tournage d’un clip.

Christophe : En ce moment, je m’occupe du mixage de cet EP. Et le travail avec le graphiste sur la jaquette avance de manière très positive. Également quelques vidéos en préparation.

Un mot de conclusion ?

Christophe : Merci de l’intérêt que tu nous portes et de ta gentillesse. C’était franchement cool !

Romain : S’il y avait un mot à dire, et on le dit souvent dans le métro, c’est « MERCI ». Déjà merci à la vie de nous avoir mis dans les conditions qui nous permettent de faire ce qu’on aime. Et merci aux gens de nous encourager à continuer ! Je pense que partant de là, nous ne manquons de rien.

Pour suivre l’actualité du groupe Tales

Facebook : Tales

A présent, je vous laisse en compagnie du groupe au complet sur des performances lives : bonne écoute !

« Michelle » des Beatles

« Nightcall » de Kavinsky

« What’s up » de Four No Blondes

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