Après le film « Des filles en noir », le réalisateur français Jean Paul Civeyrac a saisi l’opportunité de faire un projet plus délicat intitulé « Mon amie Victoria » (31 décembre 2014), un sujet au charme romanesque qui permet d’aborder une vue plus large sur la société et de créer des personnages de différentes classes sociales en s’appuyant sur le livre « Victoria et les Staveney » de Doris Lessing.

Auteur

Après avoir obtenu une maîtrise de philosophie à l’Université de Lyon, le cinéaste entre à la FEMIS d’où il ressortira diplômé en 1991 avec le court-métrage « La Vie selon Luc » présenté en compétition au Festival de Cannes. Une rencontre va marquer son parcours celle avec Philippe Martin qui deviendra son producteur au fil de ses films. En 1996, il réalise son premier long-métrage « Ni d’Eve ni d’Adam » et quatre plus tard, « Des Solitaires ». En 2001, il obtient le Grand Prix du Jury à Belfort avec « Fantômes » et poursuit avec « Le Doux amour des hommes ».

Deux plus tard, il signe « Toutes ces belles promesses » en s’inspirant du roman d’Anne Wianzemski « Hymnes à l’amour ». En 2004, il revient à ses premiers amours avec le court-métrage « Tristesse beau visage » puis s’attaque au mythe d’Orphée avec le long métrage « A travers la forêt ». L’année 2010 lui permet de retrouver le Festival de Cannes et d’être projeté à la Quinzaine des réalisateurs pour le long-métrage «  Des filles en noir » avec Elise Lhomeau et Léa Tissier.

Histoire

Enfant, Victoria d’origine africaine, issue d’une famille modeste a passé une nuit chez Thomas et sa famille blanche. Adulte, elle le croise et commence une relation fortuite dont naît une petite fille, dont elle garde l’existence durant sept ans, avant de la présenter au jeune homme et sa famille.

Critique

Le réalisateur propose les premiers rôles à des actrices qui font leurs premiers pas : Guslagie Malanda (Victoria), Maylina Diagne (Marie) et Nadia Moussa (Fanny). Le reste de la distribution se compose de Pierre Andreau (Thomas), Catherine Mouchet (Clash, Thérèse, Le Moine), Alexis Loret (Le Pont des Arts, Qui Vive, Le Soleil Asssasiné) et Pascal Greggory (Les Soeurs Brontë, La Confusion des Genres, Pardonnez moi).

Habitué à adapter des œuvres littéraires, Jean Paul Civeyrac réitère cette expérience avec « Mon Amie Victoria », l’adaptation du livre « Victoria et les Staveney » écrit par Doris Lessing. L’histoire est celle de Victoria, une fillette noire issue d’un milieu modeste, qui n’a jamais oublié la nuit passée chez le petit Thomas. Quelques années plus tard, elle croise ce dernier. De cette aventure furtive naît Marie. Victoria attend sept ans avant de révéler l’existence de cet enfant au jeune homme et sa famille. Charmés par la petite fille, ils lui proposent alors de l’accueillir assez souvent. Petit à petit, Victoria évalue les conséquences de cet engouement…

Le cinéaste offre au spectateur des structures et des personnages riches sur lesquels s’appuyer pour construire son récit cinématographique. Une histoire saupoudrée comme un mélodrame hollywoodien à la manière du réalisateur américain James Ivory (Retour à Howard Ends, La Coupe d’Or, La Comtesse Blanche) sur lequel le réalisateur emprunte cette manière de regarder ses personnages en les glorifiant et les critiquant tout à la fois.

Dans cette histoire, tout est mélodrame, et en même temps, le long-métrage est dans le refus de cela. Guslagie Malanda interprète Victoria, une sorte de figure un peu emblématique et sentimentale, un genre de dormeuse éveillée. Pendant tout le film, son personnage vit tellement dans les replis de sa «sensibilité intériorisée» comme a pu l’expliquer le réalisateur dans une entrevue. Elle est exclue du monde et du sien, qu’elle paraît à peine exister ou flotter dans l’existence. Le cinéaste traite le cas d’une femme née en France, parlant sans accent, apparemment intégrée et malgré cela perçue comme étrangère dans son propre pays, et même si elle ne l’exprime pas, on ressent ce sentiment au fond d’elle.

Avec l’exemple de Victoria, le réalisateur montre bel et bien que sa couleur de peau est un obstacle. Le cinéaste ne cherche pas à en faire un « film coup poing » pour mettre le spectateur face à un drame, mais plus à l’interroger, par le biais d’un récit afin d’avoir un meilleur jugement de ce qui se trame entre les personnages. Il montre une situation où chacun intervient avec plus, ou moins de sens moral, de recul, et de liberté.

Victoria est à la fois sensible, inaccessible et renfermée sur elle même. Pour couvrir cela, le réalisateur utilise une voix off qui sera le moyen d’approcher et de mieux discerner le personnage tout au long du film. Le cinéaste compose une sorte de ballade très douce, avec de nombreuses alternances où la voix off s’allie parfaitement aux musiques, aux diverses ambiances et aux voix des acteurs. Cet ensemble contribue allègrement au charme du film.

Conclusion

Mon amie Victoria dégage un charme romanesque dont le sujet permet de déployer une vue plus large sur la société, de créer des personnages de différentes classes sociales et dévoiler les travers du monde contemporain. S’inspirant de l’oeuvre de Doris Lessing, cette histoire s’embrasse entre les grandes catastrophes et les blessures intimes de l’héroïne. Celle de Victoria et de Thomas dont l’histoire sociale se reflète dans celle de leur enfant « Marie ». Une brillante chronique qui dénonce la duplicité sociale.

3 commentaires

    1. Je suis content que ma démarche a été bénéfique. En ce moment, nous avons pas mal de films français qui osent parler de sujets sensibles dans notre société.

      Je te conseille Bébé Tigre de Cyprien Vial que je compte poster la semaine prochaine 🙂

      Un plaisir de partager comme tu peux le faire 🙂

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