Présenté en octobre 2014 au festival international du film francophone de Namur, Bébé Tigre de Cyprien Vial parle d’un sujet délicat : la traite des enfants indiens, envoyés en France pour subvenir aux besoins de leur famille restée en Inde. Un film édifiant qui prend conscience de la difficulté qu’ont ces jeunes enfants à vivre sur le territoire français à leur arrivée.

Auteur

Cyprien Vial est diplômé de la section réalisation de La Fémis. Il a réalisé quatre courts métrages parmi lesquels « Dans le Rang  » a été primé à la Quinzaine des Réalisateurs en 2006. Bébé Tigre est son premier long métrage.

Histoire

Many, 17 ans, vit en France depuis deux ans et mène la vie d’un adolescent comme les autres, partageant son temps entre les cours, ses copains et sa petite amie. Mais les responsabilités que ses parents restés en Inde lui ont confié vont l’obliger à se mettre en danger.

Critique

Pour son premier long métrage, le réalisateur donne une entière confiance à des jeunes acteurs pour incarner les personnages principaux. Harmandeep Palminder (Many), le jeune héros du film ainsi que Elisabeth Lando (Elisabeth), Vikram Sharma (Kamal), Billel Brima (Daniel), Billel Baggad (Sami) sauf Aurore Broutin (Camille Redouble, Hors Satan, Mon amie Victoria, Augustine) et Karim Leklou (Un prophète, Les Géants) qui ont déjà eu des rôles notables dans d’autres distributions.

Entre 2007 et 2010, le réalisateur a mené des ateliers cinéma avec un professeur de français dans un collège en ZEP à Pantin. Chaque année, avec ses élèves de 4ème, ils fabriquaient un film. Une année, ils ont eu envie de réfléchir autour des notions de mixité, de partage et de dialogue. Durant cette période, un garçon qui venait du Bangladesh, Jacky, a déclenché une certaine curiosité auprès du réalisateur. Après les ateliers, il a gardé contact avec lui et il a découvert son statut : un mineur isolé étranger. D’après la loi française, tout enfant de moins de dix-huit ans arrivant seul en France doit être pris en charge.

De ce fait, la fiction a commencé à s’inviter auprès du cinéaste. Très vite, il s’est attardé sur des jeunes qui venaient du Pendjab, au Nord de l’Inde : la terre des Sikhs, un peuple de combattants qui revendiquent leur indépendance contre l’État fédéral indien. Les garçons, dès leur plus jeune âge, sont élevés comme de petits guerriers, des hommes fiers et autonomes qui ne doivent en aucun cas décevoir leur famille.

Par le parcours du Many, le réalisateur nous renseigne sur les Pendjabis qui arrivent en France. Des enfants « mandatés par leurs parents, ces derniers contractent des dettes auprès de « passeurs » appartenants à des filiales mafieuses qui traficotent de faux passeports ou en utilisent des vrais et achètent les douaniers au Pendjab pour faire parvenir les enfants en avion. Un cas précis que le cinéaste a voulu dénoncer.

Many est confronté à des choix forts comme le travail au noir et le rapport à la loi. Sous cette emprise d’une autorité légale, judiciaire et policière, il va devoir choisir la meilleure décision pour s’en sortir. Pour faire vivre son histoire, le réalisateur se confronte au cinéma de genre. Il croise la chronique adolescente de Many, l’énergie d’une vie de classe et les codes du thriller et du polar. Son héros doit faire un choix, le choix moral étant un code du film noir.

Le spectateur arpentera comme le personnage tous les lieux qui servent de point de rencontre à la communauté Sikh : le temple et les endroits de rencontres culturelles. Sans oublier le collège, un lieu où on ressent cette ambiance de mixité, de liberté et d’improvisation.

Pour sa bande son, le réalisateur opte pour les compositions d’une jeune musicienne électro Léonie Pernet : un univers qui séduit par ses mélodies entraînantes, notamment sur le morceau « Buttefly » aux accents très pop. Le second morceau « Blue is Dead » rappelle les compositions d’Erik Satie. Comme l’évoquait le réalisateur :  « je voulais de la musique extradiégétique, au-dessus des images, au-dessus des personnages, qui apporte une touche romanesque supplémentaire, sexy, insouciante ». Il complète sa bande son avec un morceau de rap pendjabi très énergique et additif « Baagi music » de l’artiste « Humble The Poet »

Conclusion

Par son casting et son histoire riche, le réalisateur installe des éléments de réflexion sur l’intégration d’un mineur au statut isolé par l’exemple du personnage de Many. On y voit un système idéaliste, mais qui possède de nombreuses limites. Un héros qui se retrouve en otage entre son désir d’intégration, de réussite scolaire et l’obligation d’envoyer de l’argent à ses parents. Un long métrage très instructif sans glisser vers les clichés.

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